La douleur commence à me titiller vers 19h. Elle est supportable et je ne veux pas lui donner trop d'importance pour lui éviter de prendre ses aises et s'installer pour de bon. Je dîne donc comme si de rien n'était puis vais au cinéma voir Cyrus au Festival International du Film d'Helsinki (HIFF).
Le film est distrayant, une comédie romantique à l'Américaine, classique mais efficace. Pas le film du siècle mais pour un moment au moins le mal reste silencieux.
Il se réveille petit à petit, sur le chemin du retour, dans le bus numéro 99 qui me ramène à la maison. Une fois de plus, je le renie, l'ignore. Je pense qu'un bon litre d'eau fraïche et une bonne nuit de sommeil lui seront fatal.
Le marteau piqueur de mon coeur pulsatif n'en finit pas de creuser mes tempes et mon esprit jusqu'à m'empêcher de respirer. Chaque micro mouvement est une torture inouie. Je me retourne dans mon lit pour trouver la position la moins douloureuse, en vain.
Mes sinus sont probablement la cause de ce terrible mal de tête. J'ose à peine avaler ma salive, à peine ouvrir les paupières, je reste immobile.
Minuit. Un bruit à l'étage. "La chance me sourit enfin" me dis-je. Une voisine rentre tardivement et elle va peut-être m'aider. Je l'entends discuter derrière la porte. Je frappe. Elle ne répond pas. Je frappe encore. Elle tourne la clef dans la serrure. Mais malheureusement ce n'est pas pour m'ouvrir mais pour s'enfermer. A travers la porte je lui explique que j'ai très mal à la tête et lui demande si elle a des médicaments. Elle répond fermement "Sorry, I don't have." Je lui souhaite bonne nuit, la mort dans l'âme, une politesse de trop qui reste sans réponse.
Et là, je suis écoeurée et me demande dans quel pays je suis tombée. Je me demande comment on peut ne pas ouvrir la porte à son voisin. J'aurais aimé crever devant sa porte et qu'elle se sente coupable toute sa vie. Comment se comporter aussi inhumainement ? Pendant quelques secondes je la déteste elle et son pays. Je me sens indésirable, sale, dangereuse, je me sens comme un chien enragé. Mais la bête sauvage, pourtant, ce n'est pas moi.
Je retourne me coucher, bredouille et choquée. Puis mon ventre se met à faire des bruits étranges, comme jaloux de l'attention que je porte à ma pauvre tête. Je me dirige donc vers les toilettes en prenant soin de n'allumer que la lumière du couloir pour éviter de me déchirer le nerf optique lorsque je vomirai mes tripes au dessus de la lunette que j'ai nettoyée le matin même...
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